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Lisbonne Paulo Muhongo
Politique & Société

Existe-t-il un « Européen noir » ?

Traduit du portugais. Lire l’original →

Paulo Muhongo · 3 min de lecture
Le paradoxe de l’appartenance : l’identité face à un examen constant et à la fragmentation sociale.
Le paradoxe de l’appartenance : l’identité face à un examen constant et à la fragmentation sociale.

Que signifie être européen ? Naître dans un pays du continent, en posséder la nationalité, parler sa langue, étudier dans ses écoles et participer à sa vie économique et culturelle devrait suffire pour être reconnu comme un membre à part entière de la société. Pourtant, pour de nombreux citoyens noirs, l’appartenance européenne reste accompagnée de questions, de soupçons et d’expériences discriminatoires rarement imposés à la majorité.

La question n’est pas de savoir s’il existe des Européens noirs. Ils existent et participent pleinement à l’histoire, à la culture, à l’économie et à la vie politique du continent. La question plus profonde est la suivante : l’Europe reconnaît-elle pleinement comme siens tous ceux auxquels elle accorde juridiquement la citoyenneté ?

Pour y répondre, il faut distinguer deux réalités. La première est la citoyenneté, définie par les lois de chaque État. La seconde est l’appartenance sociale, qui se construit à travers la reconnaissance, la participation et la possibilité de vivre sans que l’origine familiale ou la couleur de peau soient constamment utilisées pour remettre en question sa légitimité.

C’est dans cet écart entre le droit et l’expérience quotidienne que réside l’une des contradictions des sociétés européennes contemporaines.

L’appartenance sous suspicion

Imaginons une personne noire née en France, de parents français, ayant fréquenté les écoles françaises, parlant le français comme langue maternelle et ayant passé toute sa vie dans ce pays. Sur le plan juridique, sa nationalité dépend des règles applicables et de sa situation particulière. Sur les plans culturel et social, elle peut être aussi française que n’importe quel autre citoyen.

Pourtant, des questions telles que « D’où viens-tu ? » ou, surtout, « Mais d’où viens-tu réellement ? » peuvent véhiculer un message subtil : celui selon lequel l’apparence physique serait un indice d’étrangeté, même lorsque tous les éléments de la vie d’une personne témoignent d’un profond enracinement dans le pays.

Une question isolée ne constitue pas nécessairement un acte raciste. Sa signification dépend du contexte, de l’intention et de sa répétition. Le problème apparaît lorsque les personnes noires sont systématiquement considérées comme étrangères, même lorsqu’elles sont nées dans le pays, ou lorsque leur identité nationale semble nécessiter une justification supplémentaire.

La citoyenneté peut être inscrite sur un document. La reconnaissance sociale, elle, ne s’obtient pas automatiquement avec un passeport.

Cette contradiction ne concerne pas uniquement l’Europe. Elle existe également aux États-Unis et dans d’autres sociétés marquées par l’esclavage, le colonialisme, les migrations et les hiérarchies raciales. Dans le contexte européen, elle revêt une importance particulière, car elle confronte les principes universels d’égalité aux pratiques sociales qui continuent de conditionner la reconnaissance de certaines minorités.

Le mérite peut lui aussi être remis en question

En septembre 2026, l’écrivain canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien s’est retrouvé au centre d’une controverse littéraire en France. Son roman C'était ça ou mourir, initialement accueilli avec une grande attention, a été accusé sur les réseaux sociaux d’avoir été produit en grande partie à l’aide de l’intelligence artificielle. L’auteur a rejeté les accusations d’utilisation de l’IA dans l’écriture du roman et affirmé avoir été victime d’attaques racistes. La polémique a pris une ampleur publique et contribué au retrait de l’œuvre de la sélection du prix G

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Paulo Muhongo
À propos de l’auteur

Paulo Muhongo est poète, critique littéraire et analyste politique, à Lisbonne. Il écrit sur l’Afrique, le pouvoir et la parole écrite.

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